Les créateurs du concours CUBE, en 2015, pensaient avoir créé un concours d’économies d’énergie qui génèrerait… des économies d’énergie. Quelle surprise quand, dans le cadre de l’appel à projets de l’ADEME « vers des bâtiments responsables à horizon 2020 », l’enquête réalisée par l’Institut Français pour la Performance du Bâtiment (IFPEB) et trois sociologues et psychosociologues spécialisés dans la sociologie des organisations et de l’énergie révèlent des effets secondaires aux progressions énergétique… extrêmement positifs pour les organisations !
Gaëtan Brisepierre, Isabelle Moussaoui (EDF R&D) et Delphine Labbouz-Henri, au gré d’une double étude quantitative et qualitative auprès des premiers candidats du concours, ont dévoilé l’émergence d’un système social de gestion de l’énergie, comprenant des rôles, des actions et des arguments vers plus d’efficacité énergétique dans les bâtiments !
La formule concours, ludique, donne l’occasion aux organisations d’aligner leur action et leur stratégie de développement durable, tout en offrant aux collaborateurs une opportunité de faire rayonner des valeurs personnelles, avec à la fois un regain de sens au travail, une possibilité de reconnaissance sociale et hiérarchique, et surtout un véritable du sens du collectif dans les bâtiments. En cela, le concours remplit dans les bâtiments une fonction de « rite de passage » pour les organisations qui sont déjà sur la voie de la transition énergétique.
Dix ans plus tard, le choix de participer à CUBE Etat s’imbrique toujours dans des strates de décision préexistantes, avec des plans climats et des missions de management de l’énergie à des phases différentes de maturité. Rares sont les candidats qui n’ont pas encore mis en place des actions au moins techniques d’optimisation de leurs dépenses énergétiques. CUBE intervient comme un catalyseur et un accélérateur, un bras opérationnel pour actionner le levier de l’usage, ou comme une rampe de lancement pour créer et organiser la dynamique et repérer le reste à faire. A quel titre ? CUBE est identifié comme « un moyen très concret de mettre en œuvre son plan climat, de répondre à la question : « Comment on l’applique » ? », témoignait en 2016 un candidat pionnier.
En effet, CUBE propose de mettre en œuvre des actions aux résultats immédiatement observables et de jouer sur les tableaux non spécifiquement énergétiques, comme un meilleur relationnel entre les parties prenantes, l’amélioration le bien-être au travail des agents et la cohésion sociale, tout en participant aux efforts budgétaires et une image de marque pour le privé, qui se transpose en mission d’exemplarité pour les bâtiments de l’Etat. CUBE est un outil d’accompagnement voire d’inflexion des trajectoires climat et en devient la « brique énergie ».
Que se passe-t-il pendant une année de concours ? Le référent CUBE reprend la main sur l’exploitation en activant des leviers rationnels, intéresse les services au concours et ses enjeux (RIE, gestionnaire informatique, personnels auxiliaires de ménage, sécurité et accueil…), et on observe peu à peu une évolution de la relation avec les occupants sur la gestion technique du site en identifiant pour tous un interlocuteur visible, favorisant ainsi les interactions directes. Ces « nouvelles » interactions permettent la mise en place d’actions d’optimisation et de sobriété avec une bien meilleure acceptation des usagers.
Les premières éditions du CUBE révélaient déjà les meilleurs leviers techniques de performance : éteindre les lumières la nuit et/ou le week-end, modifier les consignes de température (chauffage ou climatisation), réduire la température la nuit et/ou le week-end, vérifier a minima les installations, installer des mousseurs sur les robinets, etc.
En parallèle, des actions de communication entérinent la cohérence de la démarche : création d’un réseau d’ambassadeurs ou d’occupants relais, campagne d’affichages ciblés sur les écogestes au bons endroits, communication multicanale, boîte à idées, mur de post-it… Le tout jalonné par une logique événementielle qui fait communauté au sein des bâtiments : cafés CUBE, petits déjeuners, diagnostic en marchant ou autre atelier proposé par le Cerema dans l’accompagnement du challenge… Des médiations « humaines » qui créent une dynamique autour du concours, mais plus largement, autour de la progression du bâtiment.
L’enquête Sociocube a permis de mettre en lumière les meilleures pratiques à déployer dans une candidature au concours CUBE pour bénéficier de tous les effets positifs, énergétiques et humains. Seize fiches pratiques en ont découlé, et elles n’ont pas vieilli, pour construire notamment la dream team, parler aux occupants, ludifier l’expérience, et explorer les leviers techniques pour commencer puis pour continuer.
La grande gagnante de CUBE, c’est la gestion énergétique. Si la contribution des comportements est difficile à évaluer, il est indéniable que la mobilisation des occupants participe du résultat global, le permet, le facilite et l’accélère.